COLLECTION MIRKINE
©

      Témoins irremplaçables d’une grande époque (1933-1982) du cinéma français, explorateurs inspirés des riches heures du Festival de Cannes depuis sa création en 1946, Léo Mirkine  et son fils Yves  (dit Siki), photographes spécialisés dans le 7ème art, ont bâti en un demi-siècle une collection unique d’images intimes. Ils ont ainsi vécu puis restitué de l’intérieur le tournage de près de cent cinquante films, dont bon nombre deviendront autant d’incontournables classiques, de Un Carnet de Bal de Julien Duvivier à J’accuse ! d’Abel Gance, en passant par Fanfan la Tulipe de Christian Jaque, Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot, Et Dieu… créa la Femme de Roger Vadim ou encore Le Testament d’Orphée de Jean Cocteau.
Photographies inédites ou rares, emblématiques ou célèbres, les photos Mirkine ne sont jamais des clichés volés ou arrachés par effraction à un sujet traqué. Les stars, tant sur les plateaux de cinéma qu’au Festival de Cannes, sont en confiance et sourient à Léo et Yves, qui ne les trahiront pas et sauront donner de la noblesse à un instant anodin.
Les débuts
     La saga Mirkine commence à Kiev en 1910. Léo a neuf ans lorsque la Révolution d’Octobre le déracine pour la France. Diplômé des Beaux-Arts et polyglotte, il étudie également l’architecture à Paris. Tout en développant sa passion pour la photographie, il va très vite se tourner vers le cinéma. D’abord figurant, sa personnalité hors norme et son charisme le font sortir du rang. Il devient assistant décorateur avant de s’affirmer comme photographe de plateau.
     En 1933, pour un film de Christian Jaque, Un Bœuf sur la Langue, il réussit à imposer, avec les formats 9x14 et même 13x18, une photographie vivante, fantaisiste et moderne.
En 1935, il sera avec Jean Renoir l’un des membres fondateurs de la première Maison de la Culture. Mirkine participe alors à environ cinq films par an. L’année suivante, il retrouve Renoir sur le tournage de La Vie est à Nous.
Bientôt mobilisé et envoyé dans la région de Sedan, il rejoint l'Etat-Major comme photographe. La débâcle l'amène à Montauban. En Juillet 1940, iI fausse compagnie aux Allemands et part pour Nice, en zone libre. Il ouvre alors son magasin (Tout pour le Cinéma et la Photo), alterne les reportages, les portraits et les incursions sur les plateaux voisins des mythiques studios de la Victorine.
En 1941, avec un groupe de jeunes réalisateurs et de techniciens (parmi lesquels Philippe Agostini, Henri Alekan, René Clément et Claude Renoir), Léo Mirkine participe à la création du Centre Artistique et Technique des Jeunes du Cinéma, CATJC qui deviendra l’IDHEC en septembre 1943 (Institut des Hautes Etudes Cinématographiques), aujourd’hui devenue la Femis.
Très vite la boutique de Nice devient une boîte aux lettres pour les mouvements de résistance (Ceux De La Résistance, Combat et Quatorze Juillet), un studio où sont réalisés photos d’identité et faux papiers. Malgré les troubles de cette période, Mirkine ne fuit pas pour autant les plateaux puisqu’on le retrouve sur le tournage de films tels que Les Visiteurs du Soir (1942) ou encore Les Mystères de Paris (1943).
En juillet 1944, il est arrêté sur le tournage des Enfants du Paradis. Deux jours plus tard, Yves, son fils âgé alors de 9 ans, est pris dans une rafle au presbytère de l’église de Seranon dans les Alpes-Maritimes. Expédié au camp de Drancy il y retrouve son père par un hasard miraculeux. Tous deux seront libérés en même temps que la capitale.
Léo devient par la suite membre actif du Comité de libération du cinéma et réussit une prise de guerre incroyable : 70 caisses de pellicule vierge que les allemands destinaient aux franquistes. Une partie de La Bataille du Rail de René Clément sera tournée avec cette pellicule, en 1945.
En 1949, alors qu’il est photographe sur le film La Belle Meunière de Marcel Pagnol il double certaines scènes en 16 mm sur une nouvelle émulsion couleur et sera ainsi à l'origine de l’une des premières tentatives de gonflage en 35 millimètres.
En 1956, il est le photographe de plateau du film qui va révéler Brigitte Bardot au monde entier et en faire un mythe, Et Dieu… Créa la Femme, premier film de Roger Vadim.
En 1959, Léo, grâce à sa maîtrise de plusieurs langues étrangères, participe à la première coproduction franco-russe : Normandie-Niémen de Jean Dréville, tournage qui durera plus de huit mois. Il revient avec l’un des premiers reportages photo sur l’URSS.
     Au cours des années soixante, Léo Mirkine enrichi son travail photographique en menant une recherche esthétique sur le sujet classique du nu. Dans le prolongement de sa formation des Beaux Arts, travailler sur les nus était pour lui une étape nécessaire. C’est dans son atelier de la rue de France à Nice et dans des décors extérieurs qu’il réalise ses prises de vue et les jeux de lumière et de mise en scène, valorisant la femme avec pudeur et délicatesse.

A partir de 1952 Mirkine se conjugue au pluriel. Sur le tournage de Fanfan La Tulipe, Léo est rejoint et épaulé par son fils Siki (contraction du prénom de sa mère, Sima, et du surnom de Léo, Kin).
Sur les traces de son père, Yves va ainsi contribuer à élargir la participation Mirkine au 7ème art en devenant le photographe de plateau de quelques célèbres réalisations françaises comme Le Comte de Monte Cristo de Claude Autant-Lara ou La Scoumoune de José Giovanni avec Jean-Paul Belmondo.
En 1959, Jean Cocteau décide de réaliser le film qui deviendra le chef d’œuvre que l’on connaît, Le Testament d’Orphée. Ayant déjà travaillé ensemble et connaissant le talent des Mirkine, c’est tout naturellement que Cocteau fait alors appel à Yves.

A partir de 1965 Yves se détourne progressivement de l’appareil photographique pour mettre son savoir faire au service de la caméra. Fidèle compagnon de Georges Lautner notamment, il devient ainsi un incontournable des studios de la Victorine et s’exprime pleinement au sein des équipes de tournage.

A partir de 1946, Léo se retrouve sur les marches du palais du Festival du Film à Cannes, bientôt rejoint par Yves.
Les grandes années Cannes sont celles des grandes années Mirkine. Tous les magazines se disputent leurs clichés, les « majors » américaines leur donnent libre accès à leurs stars. Aucune ne résiste à leur talent, à une confiance souvent née et entretenue sur les plateaux de tournage, à la sympathie qu’ils dégagent. C’est cette complicité singulière qui donne à leurs images un regard particulier. Sur les photographies Mirkine, les stars apparaissent disponibles, en confiance avec une volonté de partager, une envie de faire plaisir.
Très vite, parmi le service d'ordre, les curieux et les invités, le père et le fils travaillent coude à coude. Ainsi, Paris-Match, Jours de France, Cinémonde et Ciné Revue les publient régulièrement. Les grandes compagnies américaines de cinéma - Artistes Associés, Century Fox, Columbia et Warner Bros - achètent les photos Mirkine.
Autonomes grâce à leur laboratoire de Nice et animés par leur volonté d'indépendance, ils développent eux mêmes films et épreuves (comme en témoignent de nombreux vintages).
Sans smoking ni nœud papillon, Mirkine, fidèle à son appareil Rollei, reste toujours en retrait de la meute photographique et décide, à soixante et onze ans, de couvrir son dernier festival. Il disparaît quelques mois plus tard.

En 1993, après le décès de Yves, Stéphane Mirkine (petite fille de Léo, fille de Yves) a le sentiment d’avoir une mission à accomplir ; plus qu’héritière, elle se sent messagère de leur talent.

Ensemble, Léo et Yves Mirkine auront vécu un demi siècle de cinéma que Stéphane Mirkine, unique ayant droit de la Collection, nous permet de découvrir aujourd'hui grace à un exceptionnel legs de plus de 120 000 négatifs.